Frères MULLER à Lunéville (1897-1936) l’histoire d’une famille verrier (France)

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Au nombre de 11, les frères Muller se sont formés à Saint Louis de Bitche à Nancy avec Gallé, Daum, Sévres, Baccarat et Meisenthal, accumulant une forte expérience. Ainsi, né Emile (1866-1923)  (l’aîné des frères Muller, puis Henri-Victor (1868-1936) dit Henri qui sera aux commandes de la manufacture,  Nicolas (1869-1922) dit Camille qui quittera rapidement la famille pour s’installer en région parisienne, Auguste (1871-1872), Jean (1872-1932), Auguste (1874-1932), Jean-Pierre (1875-1946) appelé Pierre, Jean-Désiré (1877-1952) appelé Désiré et grands artistes de la fratrie, Victor (1880-1935), Anne-Catherine (1881-1964) appelée Catherine et appréciée pour son talent, Eugène (1883-1914), grand talent et très doué dans son domaine.

En 1895, Henri arrive à Lunéville après avoir quitté Emile Gallé en créant sont propre atelier de gravure (sans doute rue saint Anne). Désiré le suit et Eugène le rejoint 1904. On dit que la production verrière est très proche de celle d’Emile Gallé ou des Frères Daum. Emile Gallé affirme qu’ils sont partis de ses ateliers avec des dessins. Il les interdira d’accès au cercle des artistes de l’Ecole de Nancy. 

Même si l’on peut considérer que les Frères Muller possédèrent  «la troisième manufacture de verre de l’Ecole de Nancy», ils ne furent pas membres de celle-ci. Ils surent toutefois tirer profit de l’intense activité artistique de la ville et de l’engouement spectaculaire pour les arts décoratifs au début du 20ème siècle, en privilégiant le répertoire naturaliste cher à l’Art nouveau nancéien. Parfois accusés de pastiches, les Frères Muller ont produit des pièces originales et d’une grande sophistication tant technique que décorative, à même de faire la démonstration de l’originalité et de l’excellence de la production verrière lorraine à cette période. En 1898, ils remportent la médaille d’or à l’exposition de Dijon.En 1900, nouvelle récompense à l’exposition universelle de Paris.

En novembre 1905, Désiré et ou Henri s’installent au Val Saint Lambert, en Belgique, où ils travaillent trois années durant à la création de 411 modèles, principalement des vases mais également des cendriers, pendules, encriers et bonbonnière. Ils y employèrent une technique qui avait fait le succès de la manufacture Muller, la fluogravure (technique alliant la gravure à l’acide, l’émaillage et les projections métalliques). Cette collaboration fructueuse illustre la circulation des idées, des techniques et des concepts artistiques entre de grands centres de création verrière Art nouveau. Les dirigeants du Val saint Lambert avaient décidés de les employer pour concurrencer Daum qui avait remporté un vif succès à l’exposition de Liège en 1905. Le directeur du service des créations était Léon Ledru. Désiré revient en France en 1908.

Si l’énorme production qui en résulté est bien connue sur le Marché de l’Art, peu de documents fiables relatent cette aventure. Les décors des Muller sont le plus souvent gravés en camée à l’acide, mais l’émaillage et diverses techniques complexes, comme la marqueterie, ont été utilisées. La gravure à la roue et la cémentation à l’argent ou au cuivre a été particulièrement bien maîtrisée par les frères Muller. Ils ont été capables de réaliser des pièces avec 7 couches de verre. En 1911, ils remportent la médaille d’argent à l’exposition internationale de Turin.

Lors de la guerre de 14/18, l’activité de la verrerie cessera. L’usine de Croismare sera dévalisée par les troupes allemandes en août 1914 et deviendra entrepôt de l’avant pour les troupes françaises qui ont reprit le terrain ensuite. A l’issue du conflit les bâtiments tombent en ruine. Henri Muller et son frère Désiré relancent en 1919 la verrerie. L’aventure durera jusqu’au rachat en le 29 décembre 1936 de l’usine par Hubert Vaulot qui y installera les Forges de la Vezouze pour produire des pylones électriques.

En 1919 et 1920, les Muller relancent l’activité de verriers. Les dommages de guerre leur permettent de restaurer et moderniser l’équipement de l’usine. Les murs remontés, deux fours de 12 pots sont installés qui seront rapidement rejoint par 2 autres fours. Henri et Désiré fondent également La Verrerie d’Art Muller Frères pour donner une raison sociale à l’activité de taille et gravure. En mémoire à Eugène qui décède les premiers jours de conflit de la Grande Guerre, ils décident de signer les pièce « Muller Frères Lunéville ».

Les Frères Muller se sont retrouvés à la tête d’un ensemble industriel à Lunéville Croismare employant en 1920, 200 employés et passent en 1925 avec 350 personnes. Le succès étant au rendez-vous, des italiens tailleurs ou graveurs permettent d’honorer les nombreuses commandes. Les Muller hébergeront dans des cités les ouvriers. Le parc immobilier sera complété de 52 maisons pour loger personnel et famille.

Désiré et Henri n’ont jamais fait rentrer dans leur capital de leurs sociétés des membres de la famille. Henri était aux affaires administratives et commerciales, Désiré le créateur et supervise la production. La production est industrielle, artisanale de pièce d’exception et gobeleterie (verre à pied, chopes, carafes …). Ils se spécialisent dans la fabrication de verre nuagé. Il est obtenu en emprisonnant une couche de pigment entre deux couches de verre. Il faut donner ensuite sa forme définitive par soufflage avec forme et reprise à chaud pour les détails. En 1925, l’exposition des Arts décoratifs à Paris leur décerne une récompense.

De 1925 à 1927, ils investissent avec succès dans l’Art Déco et ouvrent un dépôt à Paris rue de Paradis. Ils exportent au USA, Moyens-Orient et les colonies françaises. En 1925, ils apparaissent dans le catalogue Primavera du magasin Le Printemps à Paris. Ils se lancent ensuite dans le pressé-moulé.Ils produisent alors en grandes séries : lustres, appliques, vide-poches, etc … Les Muller ont su prendre avec Daum le virage de l’Art Déco et ainsi subsister au travers des modes et des années. Ils ont bien compris que l’électricité leur procurerait des besoins européens importants. Ainsi, ils se lancent dans une production extraordinaire de lampes de bureau, appliques, suspensions, lustres.

En 1927, les effectifs passent à 450 personnes avec le regroupement de l’usine de Croismare et l’atelier de Lunéville sous la nouvelle raison sociale « Grandes Verreries de Croismare et Verrerie d’Art Muller Frères Réunis SA » dont le siège est à Croismare puis transféré en 1931 à Lunéville. En 1929, ils sont frappés de plein fouet par le crash américain. La même année, ils déposent le brevet des intercalaires. Alors que les exportations stoppent nettes, Les Muller doivent faire face à une concurrence des productions domestiques avec la création à quelques mètres d’eux par Paul Daum de la verrerie « La Belle Etoile » installée sur la route nationale Paris-Strasbourg pour détourner à son profit la clientèle attirée par le nom de Croismare et également débaucher les ouvriers des Muller. Cette concurrence porte ses effets et plongent en 1932 les affaires des Frères Muller dans le creux de la vague en faisant chuter le chiffre d’affaires de moitié (1927 : 7 millions de francs annuel). Cette difficulté de trésorerie se retrouve chez les autres verriers lorrains ou parisiens.

Les dépôts de Paris et Berlin ferment. Face à la pression des banques, la famille Muller doit renoncer à diriger l’entreprise. Les usines sont rachetés par Mr Drouhot et la direction est assurée par Mr Vaulot. La production se poursuit à Croismare sans les Muller. Un incendie détruit une partie des ateliers en août 1935. Les bâtiments sont toujours visible rue d’Alsace à Croismare, avec plus qu’un étage. La liquidation judiciaires est prononcée le 19  décembre 1935. Victor décède en décembre 1935, Henri le suivra en avril 1936. Une crise sociale éclate en septembre 1936 dans l’entreprise. Le dépôt de bilan est prononcé le 29 octobre 1936.

La fluogravure :

La fluogravure est une technique spécifique que les Muller ont perfectionnée et pour laquelle ils ont déposé un brevet. Nul ne sait lequel ou lesquels sont les auteurs de ses améliorations mais il est raisonnable de croire que Désiré, Eugène et Henri n’y sont pas étrangers. Si cette technique était déjà connue au Val St Lambert dès la fin du XIXe siècle, Eugène et Désiré y ont amené leur savoir faire avec eux entre 1905 et 1908.

Cette technique associe l’émaillage et la gravure à l’acide fluorhydrique. Pour simplifier, des couches d’émail (couche mince) à forte teneur en pigments (verre rendu quasiment opaque) sont appliquées successivement sur un blanc.

Ces couches de verre (d’émail) sont ensuite attaquées à l’acide soit en surface (polissage) soit en profondeur (gravure). Pour la gravure, les parties à respecter auront été préalablement enduites d’un protecteur comme le bitume de Judée, empêchant l’action de l’acide. Le rendu sera différent de la gravure sur verre multicouche : le verre est opaque et non transparent, les couleurs sont vives et réfléchissent la lumière alors qu’avec du verre multicouche, les couleurs sont révélées au mieux par une trans-illumination (le résultat est proche d’une peinture dans son rendu), les couleurs sont en couches minces de sorte que le dénivelé entre chaque couche est difficilement perceptible, techniquement la mise en œuvre est plus rapide que le polissage à la gravure à la roue.

Emile GALLE et les Frères MULLER :

On  a beaucoup évoqué la rancœur d’Emile Gallé envers les Frères Muller après qu’ils aient créés leur propre verrerie d’art suite à leur passage dans les ateliers du fondateur de l’Ecole de Nancy. De nombreux frères se sont retrouvés dans les ateliers de l’avenue de la Garenne même après la rupture entre le Maître verrier et les frères Muller. Ainsi en 1894, Henri entre comme commis puis soufleur, Désiré est décorateur à l’émail. Entre 1895 et 1897, tandis  leur frère Jean entre chez Gallé comme graveur sur cristaux, ils quittent Nancy pour Lunéville. Eugène y entre entre 1900 et 1904. Victor et Jean-Pierre sont entrés après la mort d’Emile Gallé (1904).

L’après fermeture de 1936 :

Le conflit mondial de 1939-1945, ne découragera par Désiré Muller qui en 1943 créera la nouvelle société pour poursuivre une production en atelier et subsister. En 1946, création d’une nouvelle société au nom de son épouse. Elle est située en face du château de Lunéville et comprendra 10 personnes dont 4 tailleurs graveurs qui seconderont Désiré. En 1952, Il décède six mois après la mort de son épouse. En 1953, Georges Muller (fls de Désiré) reprend l’entreprise en son nom pour poursuivre l’activité. Changement du goût des acheteurs et faillite due à un escroc qui sera condamné plus tard, la société ferme définitivement en 1956. Georges Muller fait face à toutes les dettes.

Les signatures :

Les signatures pour la période entre 1897 et 1914 sont les suivantes : « Muller Croismare », « DMuller Croismare » pour Désiré Muller, « EMuller Croismare » pour Eugène Muller, « hMuller Croismare prés de Nancy » pour Henri Muller, « hMuller Croismare » pour Henri Muller, « CROISMARE », « Crois Mare GV », « Muller », avec des variantes.

Les signatures pour la période entre 1919 et 1933 sont les suivantes : « G.V. DE CROISMARE » pour Grande Verrerie de Croismare pour les luminaires, « MULLER FRES LUNEVILLE » avec des variantes, « MULLER FRES FRANCE » pour les modèles destinés à l’exportation, « MULLER FRERES LUNEVILLE » avec des variantes, « MULLER FRERES LUNEVILLE FRANCE » pour des modèles destinés à l’exportation, « M F » et « MULLER Fr. ».

Les signatures pour la période entre 1897 et 1933 sont les suivantes : « Verrerie d’Art de Lorraine Muller & Cie Croismare », « Cristallerie de l’Opéra Rue de la Paix Muller », « E.Corbin Muller Croismare » pour les modèles fabriqués pour les Magasins Réunis de Nancy dirigés par Eugène Corbin après 1903, « VSL » et  » Val St Lambert » pour les modèles fabriqués par Désiré et Eugène Muller aux Cristalleries de Val Saint Lambert avec des variantes entre 1905 et 1908,  » MULLER CROISMARE CLAIN & PERRIER » pour le diffuseur en gros parisien Clain & Perrier, « Muller Frères Fecit PRIMAVERA FRANCE » et « Atelier Primavera Muller Fres LUNEVILLE » pour les grands magasins du Printemps vers 1925, « Muller Frères Lunéville Chapelle » pour les pièces réalisées en collaboration avec la ferronnerie Chapelle entre 1925 et 1930, « Muller Fres Lunéville U. GUAITA » pour les pièces réalisées en collaboration avec l’atelier de ferronnerie Maroello Guaita, « NICS » pour les pièces réalisées avec l’atelier de ferronnerie des Etablissements Nics, et « ASERVA ».

Les signatures pour la période entre 1935 et 1952 sont les suivantes : « Muller Fs Lunéville » pour les Muller fils Lunéville, « G. Muller Fs » pour Georges Muller fils avant 1940, « G MULLER Fs Lunéville » pour Georges Muller fils Lunéville avant 1940, « G & M Muller Fs Lunéville » pour Georges et Marcel Muller fils Lunéville avant 1940, « G. Muller Fils » pour Georges Muller fils avant 1940, « G M Muller Fs » pour Georges et Marcel Muller fils avant 1940 et « Muller Lunéville France » pour les pièces destinées à l’exportation.

 

 

 

 

 

 

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