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Samuel BING (1838-1905) marchand, collectionneur et promoteur de l’Art Nouveau (France)

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Siegfried Samuel Bing fut l’un des ardents promoteurs de l’Art Nouveau en France et en Europe. Il a consacrait une partie de sa fortune à soutenir les artistes débutants. Il est né à Hambourg (Allemagne) en 1838 et mort à Vaucresson (Hauts de Seine, France), en 1905.

Issu d’une riche famille bourgeoise de Hambourg, il commença sa vie professionnelle  dans la fabrique de porcelaine que son père avait établi à Paris, avant d’être à la tête de la sienne (1863). Après la guerre franco-prussienne, il développa un commerce d’import d’Extrême-Orient, qui lui permit de devenir négociant d’art japonais (1878).

Devenu à la fois un collectionneur et un spécialiste de cet art, il fonda à la fin des années 1880, un périodique nommé « Le Japon artistique » et multiplia les expositions sur ce thème, tissant un réseau de relations et de correspondances, surtout en Angleterre, qui le mit vraisemblablement en contact avec le renouveau artistique prôné par le mouvement Arts and Crafts : durant cette décennie, sa passion le mit également en contact avec l’américain Louis Comfort Tiffany.

En 1894, il fut commissionné par Henri Roujon, le directeur des Beaux-Arts à Paris, pour établir un rapport sur l’état de l’art en Amérique (publié ensuite sous le titre La culture artistique en Amérique, 1896) ; à l’occasion d’un voyage dans ce pays, entrepris également pour affaires en février 1894, il rencontra Tiffany à New-York.  La même année, il s’attela au projet d’ouvrir une nouvelle galerie à Paris spécialisée dans la décoration intérieure. Il réunit alors divers artistes contemporains pour qu’ils créent des dessins devant être réalisés en vitraux par Tiffany : Édouard Vuillard, Paul Ranson, Pierre Bonnard, Henri-Gabriel Ibels (qu’il exposait déjà), Félix Vallotton et Toulouse-Lautrec.

Son nouveau magasin, baptisé l’Art Nouveau et situé aux 22, rue de Provence et 19, rue Chauchat dans le 9e arrondissement, ouvrit ses portes le 26 décembre 1895 et accueillit une première exposition présentant les œuvres commandées aux États-Unis, mais aussi des verreries créées par Tiffany lui-même et par d’autres artistes, comme Émile Gallé et Karl Köpping. À celles-ci s’ajoutaient des œuvres des Belges Henry Van de Velde, rencontré à Bruxelles en 1893 en compagnie de son collègue et conseiller artistique Julius Meier-Graefe, et Georges Lemmen, avec qui Bing entretenait des relations privilégiées de patronnage : l’exposition fut très diversement appréciée par la critique.

En France, en Belgique et en Allemagne, où il multiplia les annonces dans les revues d’art, les bronzes, les céramiques, les bijoux, les tissus d’ameublement et les verreries d’art qu’il proposait furent diversement appréciées par les critiques, mais l’affaire de Bing prospéra et surtout, il parvint à se faire un nom. Plusieurs œuvres de Tiffany furent alors vendues par lui aux musées européens. Ainsi, il contribua à diffuser l’Art Nouveau en Europe, en particulier en Hollande où sa boutique servit de modèle à la Galerie Arts and Crafts, nommée en anglais et ouverte à La Hague, le 11 août 1898 (Henry Van de Velde y exposa et fut le lien entre les deux galeries).

Vers la fin du siècle, sa relation avec Tiffany se distendit, apparemment du fait d’une perte d’intérêt de Bing et en raison de sa volonté – affichée à partir du début de l’année 1898 – de développer ses propres ateliers de création et de sortir du seul rôle de vendeur et de promoteur d’artistes étrangers. Signe de cette évolution, le nom de Tiffany – dont les créations étaient assez mal accueillies en France – ne figura plus, à partir du printemps 1900, sur les réclames publicitaires de « l’Art Nouveau ».

Dans l’optique de promouvoir une ligne unitaire et cohérente de créations, Bing proposa alors sa propre bijouterie, peinture (il réalisa plusieurs commandes à James McNeill Whistler), etc. qu’il exposa aux Grafton Galleries à Londres (1899), ville dans laquelle il avait des facilités en raison de sa renommée pour l’art japonais. Le succès, toutefois, ne fut pas au rendez-vous.

Lors de l’Exposition Universelle, qui se tint dans la capitale française, du 15 avril au 12 novembre 1900, alors au sommet de sa carrière, il disposa de son propre pavillon, associé à son nom : la maison de « l’Art Nouveau Bing », où il exposa les ensembles de décoration intérieure qu’avaient réalisés à sa demande Eugène Gaillard, Edward Colonna et Georges de Feure. Ce dernier fut également le concepteur, pour la décoration extérieure du pavillon, de quatre panneaux vitrés servant de fenêtres et représentant des élégantes, à la fois évocation des saisons et muses de l’Art Nouveau. Le renouveau des arts décoratifs que Bing avait contribué à lancer et à diffuser triompha, suscitant plusieurs commandes de musées en 1901.

Après 1900, Bing ne mit le plus souvent en avant que les créations réalisées par ses ateliers, ou à sa demande. En 1902, il participa notamment à l’Exposition des Arts Décoratifs de Turin. Mais, fin 1903, son affaire commença à battre de l’aile. Au cours de l’année 1904, les difficultés s’aggravèrent pour atteindre un seuil critique. Finalement, ses invendus furent cédés aux enchères et Bing se retira à Vaucresson, où il mourut peu de temps après, en 1905.

Historiquement, l’ouverture de la galerie de Siegfried « Samuel » Bing constitue l’origine française du nom du style de l’ « Art Nouveau », l’expression ayant été empruntée par lui aux fondateurs belges de la revue l’Art moderne (1881) : Oscar Maus et Edmond Picard. Le rôle qu’il joua grâce à sa galerie et à ses expositions fait enfin de lui le principal promoteur du renouveau international des Arts Décoratifs au début du XXe siècle, du moins auprès de la critique avant 1900 et auprès du public lors de l’Exposition Universelle.