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Pourquoi Nancy est-elle devenue la Capitale Mondiale de l’Art du Verre ?

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Capitale jusqu’en 1766 d’un état indépendant (Duché de Lorraine et de Bar), Nancy  somnolait dans une médiocrité provinciale. Les événements de 1870-1871 vinrent couper la Lorraine en deux, pour annexer à l’Allemagne toute la partie nord-est. Le Traité de Francfort fit de Nancy une ville frontière et devient le refuge de Lorrains et Alsaciens, qui refusaient la nationalité allemande. Première conséquence, une augmentation fulgurante de sa population.

Dès 1870, Emile Gallé au côté de son père commença des recherches pour rénover la verrerie, la céramique, le mobilier, observant avec passion les formes et couleurs du monde végétal, mais s’inspirant des arts de l’Orient, de l’héraldique médiéval ou du style rocaille avec le succès connu. Constitué en 1901, l’ «Ecole de Nancy » s’était affirmé 20 ans avant. Des Valin, Majorelle, Daum, Prouvé ont ainsi satisfait  une riche bourgeoisie formée d’industriels, banquiers, commerçants, médecins, pharmaciens, pour décorer leurs locaux professionnels et demeures.

L’Art Nouveau marqua Nancy. Il suffit de se promener dans les rues de cette ville et d’observer les édifices administratifs et scolaires. La grande exposition internationale de l’Est de la France tenue à Nancy en 1909 exprima brillamment le dynamisme retrouvé par la cité dans tant de domaines et affirma avec force l’alliance réussie de l’art et de l’industrie.

A la mort de Gallé en 1904, des signes de lassitudes étaient perceptibles. La première guerre mondiale accentua ce mouvement. Après ce conflit, on s’aperçut que les commanditaires du début du siècle, vieillis ou disparus, n’avaient pas de successeurs. L’Art Déco parisien envahit les manufactures encore existantes : Daum, les Cristalleries de Nancy, Delatte ..) En 1920, Nancy possédait 4 cristalleries. Le crash boursier de 1929 provoqua la faillite de nombreuses d’entre elles.

Nancy connu entre 1870 et 1920 une période artistique et économique fantastiques. Ainsi la France passa dans ce domaine d’un statut passif à actif. En effet, alors que l’Angleterre imposait au reste du monde ses productions céramiques et verrières, la France grâce à ses artistes Maître Verriers dicta, du jour au lendemain, les modes de l’Art Verrier à la planète. Il fallait suivre ce qui se passait dans les manufactures de verre Lorraine, pour ne pas être à la marge des mouvements artistiques. Et cette glorieuse période a durée 50 bonnes et heureuses années …

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Emile BOURGEOIS (1832-1926) propriétaire du « Grand Dépôt » et éditeur reconnu (France)

Jules SARLANDIE pour le Grand Dépôt à Paris
Jules SARLANDIE pour le Grand Dépôt à Paris

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« Le Grand Dépôt » était un magasin du même catégorie que « l’Escalier de Cristal ». Il ne fabriquait pas, mais revendait des modèles correspondant au goût de sa clientèle qu’il trouvait dans des grands cristalleries françaises. Des catalogues permettaient de créer un style « Le Grand Dépôt » surnommé « Le Palais des Arts du Feu » pour inciter la clientèle de venir faire leur choix dans le magasin luxueux. Le grand initiateur de ce concept est Emile Bourgeois.

Alors qu’il venait de passer plusieurs années en Angleterre (de 1856 à 1860) où il avait pu étudier de près les ressources qu’offrait la branche du commerce, Emile Bourgeois revint en France, après la signature des traités de commerce (Gladstone, 1860), en tant que représentant des principales manufactures anglaises. Il fonda en 1862, au 21 de la rue Drouot (près des Grands Boulevards), à l’angle de la rue de Provence à Paris, un magasin, modeste d’abord, qui devait servir de débouché aux produits céramiques anglaises : « Le Grand Dépôt ».

Il ajouta ensuite des faïences et porcelaines françaises, avec des modèles exclusifs, exécutés d’après ses indications. L’exposition s’étendait sur trois étages. Emile Bourgeois participa à l’Exposition universelle de Paris en 1878. Il obtint en 1885 une médaille d’argent.

A la différence d’autres diffuseurs importants, « Le Grand Dépôt » n’a jamais disposé d’ateliers de fabrication. On pouvait trouver dans ces catalogues des créations d’Emile Gallé, des verreries de Vallerysthal, Auguste Jean et Frères Muller.  Les Cristalleries de Portieux (Vosges) ont exécutées des pièces créés par Emile Bougeois (illustrations au catalogue de 1886). Il en est de même pour la Cristallerie de Baccarat où y figuré sur des vases la signature à l’or au pontil « Bourgeois Déposé ».

Le catalogue de 1882 « Le Grand Dépôt » est un exemple de  ce qu’il doit figurer sur une table bourgeoise du XIX e siècle : des cristaux taillés à facettes au forme moins massives, des décors délicats et légers.

Magasins présents à Paris au 17, rue Drouot à ses débuts, aux 21-23 rue Drouot, au 78 rue de Turbigo, au 119 rue du Temple, aux 36 et 11 rue Etienne Marcel, au 15 rue Chauchat, aux 19 et 20 rue De Provence. A Marseille il était situé au 33 de la rue St Ferreol (voir photo signature ci-dessus). Emile Bourgeois possédait 100 hectares de vignoble en Algérie dont le vin médaillé alimentait les tables à Paris  (informations communiquées par son petit cousin Patrick Bourgeois).

En 1882, le Grand Dépôt du 21 rue Drouot à Paris proposé : des cristaux pour services de table, des faïences anglaises dites de Terre de Fer et les Majoliques de Minton, des services de porcelaine française …

En 1900, « Le Grand Dépôt » obtient une médaille d’argent à l’occasion de l’Exposition universelle.

Emile Bourgeois prit sa retraite en 1905, mais « Le Grand Dépôt » ne ferma qu’après la « Seconde Guerre mondiale ».

Texte d’époque sur le « Grand Dépôt »

« La Céramique et la Verrerie sont les seules spécialités du Grand Dépôt. Depuis plus de vingt ans, son administration s’est attachée à développer le goût et à vulgariser le beau. Initiée à toutes les difficultés de la fabrication, et guidée par une clientèle d’élite qui suit son programme, comme parfois elle sait le dicter, elle a obtenu des résultats si irréfutablement concluants, que, même en ce temps de crise, où l’essor des meilleures maisons semble paralysé, elle a dû s’agrandir, tant au point de vue de ses magasins,  qu’au point de vue des annexes, qui regorgent de tous les articles énumérés dans le Catalogue. Nous ne saurions trop recommander le splendide Album, édité par le Grand Dépôt. Le Grand Dépôt est enfin plus que le Musée brillant et unique, c’est aussi le quartier général des produits de cent fabriques, dont le nom fait autorité dans le monde industriel, et qui lui ont laissé le monopole de leurs chefs-d’œuvre. Administré avec une grande hauteur de vues, il est devenu l’un des établissements parisiens les plus courus, et son succès est d’autant plus louable qu’il a toujours été basé sur le constant respect du public ».